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Tourisme solidaire en Pays Dogon, par Le Monde

janvier 14, 2010 par  

La douche, prise avant l’aube à la lueur d’une lampe frontale, se limite à un seau d’eau que l’on se vide progressivement sur le corps. Pour les toilettes, on est prié d’emporter son papier et de le brûler après usage. Et, au petit déjeuner, on a le choix entre deux marques mondialisées mais bon marché, Nescafé et Lipton, assorties d’un peu de confiture de goyave étalée sur une tranche de pain sans saveur. Pas facile de voyager « solidaire ».

Les petits tracas sont oubliés lorsque, une heure plus tard, la dizaine de randonneurs français ayant opté pour ce voyage spartiate et respectueux des populations locales découvrent, sous le soleil naissant, la beauté des paysages façonnés par les Dogons. Ce peuple de cultivateurs occupe une région située au centre du Mali, de part et d’autre d’une « falaise » d’environ 200 mètres de dénivelé qui sépare le plateau de grès de la savane sablonneuse.

Le chemin, tracé par des générations de paysans, s’impose comme une évidence. On traverse sur de minuscules rebords de terre des plantations d’oignons d’un vert éclatant, arrosées à longueur de journée par des femmes qui portent parfois leur dernier-né dans le dos.

Dans la lumière matinale, les cases de terre cuite se confondent avec la roche. Seuls les toits de chaume, qui recouvrent les greniers où l’on entrepose le mil, témoignent de la présence d’un village. Le guide, Moïse Témé, ordonne un arrêt : « Cette roche est un lieu sacré. Passer à proximité offenserait les villageois », signale-t-il. Les traditions dogonnes, qui s’appuient sur une cosmogonie, ou vision du monde, à nulle autre pareille, ont fait le bonheur de bataillons d’ethnologues. Intitulée « Sur les pas de monsieur le maire », cette randonnée d’une semaine organisée par La Balaguère, un tour-opérateur spécialisé dans les excursions à pied, propose une approche « solidaire » du pays dogon.

Ali Dolo, le maire de la commune de Sangha, qui regroupe 56 villages et 32 000 habitants, propose des rencontres avec les villageois. Jour après jour, lorsqu’il peut se dégager de ses obligations, le maire guide les randonneurs à travers sa commune, discutant ici avec les sages d’un village, s’inquiétant là de la construction du futur collège, saluant au passage ses administrés.

Les voyageurs, de leur côté, s’engagent à un comportement responsable. Ils renoncent ainsi à se montrer généreux avec les enfants qui ne cessent de réclamer un Bic ou des bonbons. Le don, explique-t-on à La Balaguère, favorise la mendicité au détriment de l’école, et génère, à terme, des trafics ou un racket organisés par les plus grands. En revanche, le groupe déposera, à la fin du séjour, des médicaments inutilisés au petit hôpital de Sangha. Les randonneurs « solidaires » reversent enfin 4 % du prix de leur voyage (hors billet d’avion), soit une trentaine d’euros environ, en faveur de projets de développement gérés par L’Harmattan Solidaire, une structure de droit malien créée par le guide Moïse Témé et le Français Yannick Salaün, voici dix ans. « En 1999, nous travaillions pour une seule agence et accueillions 90 touristes. Dix ans plus tard, nous recevons dix agences et 900 clients », affirme M. Salaün.

La somme récoltée, autour de 10 000 euros par an, sert, dans les villages traversés par les randonneurs, à payer un instituteur, à soigner un diabétique, à octroyer un microcrédit à des femmes ou à financer un troupeau de zébus qui fournira un revenu d’appoint.

Certains clients sont sensibles à cette forme de solidarité. Dominique, employé de banque à Bordeaux, soucieux du développement des pays pauvres, est venu découvrir le pays dogon avec sa compagne. « Cela fait dix ans que je voyage ainsi, avec La Balaguère. Cela me correspond bien », témoigne-t-il.

Anne-Marie, une jeune grand-mère dynamique et organisée, qui vit à Angers, se méfie, pour sa part, de l’allocation de 4 % à des projets locaux : « On ne sait jamais vraiment ce que les ONG font de l’argent », dit-elle. Elle a surtout choisi ce voyage parce qu’elle espérait, grâce au maire, pouvoir entrer en relation avec les habitants.

La randonneuse regrette toutefois de n’avoir pu effectuer, sur place, de « vraies rencontres » avec des Maliens. Le voyage en groupe, il est vrai, ne favorise pas les échanges. « Idéalement, il faudrait voyager à deux ou à quatre, maximum », reconnaît Yannick Salaün.

Installé depuis dix ans au Mali, le fondateur de L’Harmattan Solidaire observe les malentendus sur lesquels repose la relation touristique, qu’elle soit solidaire ou pas. « Les Africains ont énormément de mal, par exemple, à comprendre que les Blancs puissent payer pour marcher », remarque-t-il.

Olivier Razemon

Article paru dans l’édition du 31.12.09. Le Monde.

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