Lettre de Jordanie
décembre 22, 2009 par balablog
Chère Julie,
Malgré l’abondance de cybercafés en Jordanie, tu sais comment ça se passe quand on est en voyage… on est tellement ébloui, actif, curieux… il y a tellement de choses à voir et à faire que le temps manque pour tout et passe trop vite, et quand se rend compte… de là le retard de ce message que je t’avais promis avant mon départ. Je sais que tu m’excuseras, mieux vaut tard que jamais !
Bon, je me trouve à Amman, la ville blanche, dynamique, agitée, vivante… où on peut se promener à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit en toute sécurité, toujours accompagné du sourire sympathique de ses habitants. Tout le monde peut trouver ici son bonheur : l’amateur des vieilles pierres montera à Al-Qala’a, la citadelle dominant la ville aiguisée de minarets, se promènera dans le théâtre romain et prendra le bus à Jerash comme je l’ai fait ce matin. Une fantastique ville romaine, énorme : des temples, des maisons avec des mosaïques, théâtres et amphithéâtres, des avenues longées de colonnes… de quoi passer une bonne journée de surprise en surprise. Puis, ceux qui aiment découvrir les secrets d’une ville à pied, ont de quoi faire dans les vieux quartiers, les marchés du Downtown, les cafés… Moi, comme j’aime tout faire, je suis au paradis, tu peux imaginer.
Mais ici (malheureusement !) je suis presque à la fin de mon périple, un voyage qui m’a amené dans des sites extraordinaires qui ont dépassé ce que j’avais imaginé auparavant, pendant que je préparais mon circuit. Je te raconte.
Le premier contact avec le pays (une fois sortis d’Amman, bien sûr) est un peu décevant : notre bus traverse une énorme étendue caillouteuse blanche, monotone et sans grand intérêt ; la première chose que je me suis demandé est de quoi peuvent vivre les gents dans un pays aussi minéral. Mais ses charmes vont être petit à petit dévoilés…
Les non-initiés pensent que les déserts sont les mêmes partout… et ils ont tort. Chaque désert a son propre caractère, il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Le Wadi Rum est original et d’une beauté étrange : des vallons de sable entrecoupés de formidables murailles de roches à couleurs changeantes… des pitons émergeant des dunes rosées ou jaunes créent une atmosphère de mystère pendant que la silhouette du djebel Um ed Dami, imposante montagne de plus de 1800 mètres se détache sur les autres reliefs. J’ai beaucoup aimé la randonnée dans le territoire de Lawrence d’Arabie, le calme des bivouacs dans les camps du désert, les levers et couchers de soleil, fantastiques… Tout est rempli de beauté et de surprises, et le guide nous éloigne rapidement des circuits touristiques pour pénétrer dans la solitude des grands espaces. Du coup on se sent explorateur : des gravures rupestres d’origines diverses appellent notre imagination, des temples des nabatéens en plein désert, les rencontres avec les bédouins…
Je t’avais dit avant mon départ que rien ne m’empêcherait de mettre la tête dans la Mer Rouge ; et malgré l’agréable fraîcheur à cette période (même si on ne le dirait pas, c’est l’hiver)… je l’ai fait ! J’ai loué sur place des palmes, masque et tuba, et je me suis vu submergé (jamais mieux dit) dans un autre monde : des formations de labyrinthes de coraux traversés par des poissons de toutes les couleurs et formes : jaunes, bleus, argentés rayés, grands et petits… ce que je n’avais vu que dans les films de Cousteau, je l’ai touché avec la pointe de mes doigts, uniquement à un mètre et demi de profondeur ! Des coquilles énormes, des étoiles de mer et hippocampes se promènent devant mes yeux…
Non loin, j’ai apprécié aussi Aqaba, ville très commençante, vivante, animée, avec du monde partout et toujours la gentillesse et les sourires des gens… J’ai découvert un café où la pâtisserie est délicieuse et où les hommes viennent le soir fumer le narguilé en regardant la télé (tu vas me gronder, mais j’ai presque regretté d’avoir arrêté de fumer pour me joindre à eux !). J’ai regardé la carte, étonné d’être dans un tel carrefour entre l’Egypte, l’Israël, l’Arabie Saoudite et l’Irak.
Et puis nous avons pris la route du nord, le cap vers… Petra ! Il me manque des adjectifs. Des déserts il y en a beaucoup dans le monde, des montagnes et des mers aussi, mais Petra… il n’en a qu’un. Unique. Au départ, beaucoup de touristes dans le défilé d’entrées menant au Khazneh, « le trésor », le temple d’Indiana Jones (dont le film est passé inlassablement tous les soirs à l’hôtel à Wadi Musa ; ils en sont très fiers). Mais la beauté du site fait que l’on ne se rend même pas compte de la foule. Puis le « Cardo maximo », la grande avenue romaine menant au théâtre taillé dans la roche même : des temples partout, des nabatéens aux romains… des tombeaux, sculptures, tout dans la roche, un travail de centaines d’années ; on ne sait pas vers où tourner la tête, on a envie de tout explorer…

Petra et ses trésors
Puis, la randonnée : trois jours inoubliables à pied pour découvrir une partie des secrets de cette ville enchantée… et on n’a pas tout vu. Et je me rends compte que… Petra est énorme ! : des kilomètres de collines sculptées partout. Plus on s’éloigne, moins il y a de monde et parfois on est tout seul à découvrir de nouveaux trésors sur les hauteurs ou au fond des innombrables canyons. J’essaie d’imaginer la vie ici au temps des nabatéens, cette mystérieuse civilisation du désert, des commerçant qui ont fait de Pétra un fabuleux carrefour de routes de caravanes.

Les richesses de Petra en Jordanie
Malheureusement les bédouins ont été virés du lieu, mais certains continuent à garder leurs maisons troglodytes, d’autres sont des bergers, et d’autres passent le week-end et font la grillade en famille dans les endroits les plus reculés de la ville fantôme. D’autres vendent des souvenirs même dans les recoins les plus insolites ; je me souviens avec tendresse de la mamie aveugle sur une corniche au milieu des falaises vendant des bagatelles aux rares passants sous un énorme lion millénaire sculpté sur la pierre ; le seul accès, un escalier vertigineux…

jordanien
Puis la route des châteaux des templiers (à nouveau l’imagination qui galope mille ans en arrière) vers Madaba, ville monumentale et biblique. Julie, toi qui aimes spécialement l’histoire, tu aurais halluciné ici : partout des anciens temples des romains aux byzantins avec des mosaïques d’une rare finesse et perfection… Et tout près, la Mer Morte, ce phénomène géologique, le point le plus bas de la planète, presque rien ! Et, tu me connais, je n’ai pas pu résister à la tentation de la baignade pour ressentir l’apesanteur dans cette eau dense et corrosive où on ne peut se submerger (et il vaut mieux)… et de laquelle il faut sortir au bout d’un moment vers la douche d’eau douce la plus proche quand tout le corps gratte.

La mer morte
Pour que tu puisses mieux imaginer, voici quelques photos…
On se reverra bientôt à mon retour, déjà en 2010 ; je te raconterai tous ces souvenirs plus calmement avec un petit verre de bon rouge, impossible à trouver ici. Comme quoi… rien n’est parfait !
Bonne année, bises et amitié.
Misko Jones












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