Interview de Daniel, berger dans le Val d’Azun
septembre 7, 2009 par balablog
-Bonjour Daniel. Nous avons pu vous rencontrer auparavant pour une interview sur la transhumance. Si je me souviens bien vous avez fait référence à l’ours pour la première fois lorsque vous avez évoqué vos doutes en tant que berger. Pourriez-vous poursuivre sur ce sujet ?
-Bien sûr ! Eh bien oui mon plus grand doute, il est apparu avec l’introduction des prédateurs dans les Pyrénées. Mais ce n’est pas à l’ours qu’il faut en vouloir, c’est à ceux qui l’ont introduit ! L’ours, il avait été anéanti dans les Pyrénées parce qu’il causait des dégâts, qu’il était différent. Quand ils disent qu’il n’est pas dangereux, j’aimerais bien les voir moi, mettre leur tête dans la bouche de l’ours. Il a toujours été muselé, avec un bout de ferraille dans la gueule quand on le montrait en représentations. Ce qui prouve bien qu’il n’est pas sociable ! Donc quand on vous dit « couchez-vous devant l’ours », j’aimerais bien les voir !
Je suis énervé parce que quand l’ours est sur un secteur de montagne et qu’on monte vérifier l’état du troupeau, s’il y a eu une attaque, il faut alors revenir le lendemain avec un garde du parc ou un gendarme, pour vérifier les dégâts ou chercher les bêtes mortes ou perdues. Et tant qu’on ne les a pas retrouvées, on n’est pas indemnisé ! Et puis, on n’est pas beaucoup indemnisé ! C’est comme si je vous avais vendu une bête et ça, sans compter les préjudices !
Quand un berger part pendant plusieurs jours le matin, il doit soigner les moutons, quand il rentre fatigué, il doit les resoigner et cela pendant plusieurs jours. Les heures passées à courir la montagne ne sont pas payées. Un ouvrier qui fait une heure de plus, il va voir son patron,…
Il demande « quand est-ce que je peux la récupérer? » !
Je vais vous citer un autre petit exemple.
Une personne un jour me dit :
« J’ai demandé à mon voisin de piéger le renard. »
Je lui dis :
« Pardon mais tu veux piéger le renard ? Mais il a son utilité dans la nature, il mange les taupes, les charognes, les pigeons, etc ! »
« Comment ça, mais il me mange les poules ! »

« Mais moi je n’ai pas de poules il ne va pas me les manger. Moi je suis pour la sauvegarde du renard ! »
Autrement dit, les désagréments, ils sont biens chez les autres, c’est comme les taupes dans le jardin du voisin. Si les gens se mettaient à la place du voisin, peut-être qu’on pourrait avoir une autre réflexion : ce que lui a, est-ce que moi je l’accepterais ?
En discutant des problèmes cela pourrait amener beaucoup de gens à réfléchir. Ceux qui sont pour l’ours en principe c’est qu’ils n’ont pas de bêtes. Donc quand on dit que 90% de la population est pour l’ours, j’aimerais bien les voir à notre place. C’est vrai, quand une belette rentre dans un poulailler, tout le monde est contre ! Pourtant elle a autant le droit de vivre que l’ours !
Voilà pourquoi on se pose des questions : est-ce que les éleveurs vont continuer à aller en montagne ?
Dans le Béarn la montagne était comme de la pelouse, mais maintenant sans les moutons, ce ne sont que des ronces à hauteur de la personne ! Si on continue cela sera partout comme ça, maintenant en moyenne altitude on ne pourra plus profiter de la beauté de la nature de la montagne…
Un jour j’ai téléphoné en réaction à une radio
L’opératrice a vu que j’étais remonté : elle me dit « de toute façon pourquoi on râle puisque les moutons que l’on mange on les envoie à l’abattoir ! »
Eh bien, mais c’est parce qu’ils ont une destination ! C’est comme si un jour une personne se faisait écraser : ce n’est pas grave, après tout elle devait bien mourir un jour ! Il faut rester logique dans le système.
Donc, les chansons que j’ai faites sur l’ours, ce n’est pas une attaque. C’est une prise de conscience pour l’État, qui a introduit l’ours et qui n’a pas conscience de la difficulté de l’élevage. Si j’amène un doberman et qu’il mange leur chat, est-ce que l’État sera content ? En plus personne n’aura à courir la montagne pour en retrouver un.
Je dis qu’il faut simplement prendre conscience de ce qu’on fait à l’autre.
Un jour de foire à lourdes je rencontre un copain de l’Ariège :
- »Vous, vous êtes tranquilles vous n’avez pas l’ours ».
- »Non ! Nous on a Franska, elle nous fait des dégâts moi je l’ai à 300 m de chez moi. Avec une enfant jeune comment je fais s’il faut choisir entre un enfant et un ours ? »
Retrouvez Daniel dans une interview sur la transhumance.
Retour au dossier sur l’ours et aux différentes interviews
Daniel Aguillon
Berger dans le Val d’Azun et chanteur pyrénéen.











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